samedi 7 avril 2012

LECTURE : À l'abri de rien d'Olivier Adam


Le roman À l'abri de rien d'Olivier Adam, publié initialement aux éditions de l'Olivier, est disponible en format de poche, aux éditions Points.



Une prose où l'on sent le personnage principal à bout de souffle, notamment avec des énumérations sans virgules lorsqu'il s'agit de nommer tous ces magasins du centre commercial où les achats ne peuvent de toute manière pas se faire, parce que le chômage, parce qu'un salaire bas, parce que la misère. Et pourtant, existe une plus grande misère que cette petite vie pavillonaire où les femmes s'ennuient, après avoir épousseté leurs meubles, comblent le vide en parlant de leurs enfants, et cette misère plus grande se côtoie mais on détourne les yeux des « Kosovars », nommés ainsi sans distinction réelle d'origine puisqu'ils viennent aussi bien d'Afghanistan, du Pakistan, du Soudan...

- Pourquoi tu crois qu'ils l'avaient ouvert ce putain de centre à la Croix-Rouge ? Il y en a des centaines, Marie.
Je n'ai pas répondu. Qu'est-ce que j'aurais pu dire ? Jamais je n'avais réfléchi à ces choses. (page 91)

Marie passe d'un univers à l'autre, sa famille avec son mari Stéphane si sensé et ses deux enfants, les réfugiés avec la distribution des repas, le dispensaire, l'accueil de nuit dans la maison d'Isabelle quand il fait trop froid alors même que cette aide apportée est illégale. Marie et sa famille sont confrontés au regard, aux critiques des autres. Marie est confrontée à l'opposition de son mari. Elle abandonne sa vie familiale, trouve une raison de vivre dans cet au-dehors, dans la chaleur d'une soirée où l'on chante et où l'on danse alors que le lendemain peut-être les réfugiés sont interceptés alors qu'ils tentent de fuir vers l'Angleterre, tabassés, humiliés...

- Nicolas il dit qu'il t'a vue avec les réfugiés, à midi.
 Sa voix n'était qu'un murmure posé sur le silence et les embardées du dehors. J'ai serré ses mains tout contre mon ventre, ses bras m'enlaçaient et il a enfui son visage dans mon cou.
 - Il dit ça, Nicolas ?
- Oui, et aussi que maintenant je vais avoir des maladies et qu'ils vont venir tout voler chez nous et aussi qu'ils vont te faire du mal.
- Il dit ça aussi ?
- Oui.
- Eh ben tu lui diras que c'est un petit con.
- C'est ce que je lui ai dit.
- C'est bien.
Je me suis retournée et son visage d'écureuil inquiet touchait le mien. Ses yeux fiévreux luisaient comme des flaques.
 - Mais c'est vrai ? il a demandé.
- Quoi ?
- Que tu donnes de la soupe aux réfugiés ?
- Tu le dis pas à papa ?
- Non.
- Alors c'est vrai.
- Pourquoi faut pas le dire à papa ?
-Parce que je crois que ça lui plairait pas. Allez on dort, fais-moi un bisou. (pages 120-121)

Que l'on ne s'y trompe pas, le personnage de Marie, narratrice, n'est pas du côté des opprimés contre ceux qui oppriment. Pas de manichéisme dans ce roman. Chacun est composé de bons et de mauvais sentiments, de courage et de lâcheté. 


jeudi 22 mars 2012

LECTURE : Le jour où j'ai cassé le château de Chambord d'Olivier Adam


Se dénoncer alors que il n'est pas coupable.
Quelqu'un a cassé le château de Chambord de Léa. C'est peut-être Cédric. Antoine le regarde, a envie de rire, rougit, et c'est alors que Cédric fixe Antoine. Mais... Ne le croirait-il pas coupable ? Antoine rougit de confusion et finit par se dénoncer. Pourquoi ? Ne serait-ce pas pour se faire enfin remarquer, lui qui est « aussi musclé qu'une endive » et ne sait rien faire de ses dix doigts ? Pour se faire remarquer de Maud ?



En neuf chapitres, ce roman pour jeunes lecteurs de la collection Animax de l'école des loisirs raconte cette étrange expérience d'Antoine, sous le mode d'une narration à la première personne. Un roman sensible, qui permet de s'interroger sur les motivations de ses actes.
« Est-ce qu'on ressemble toujours à ce qu'on fait ? Ou même à ce qu'on est ? » se demande Antoine, lorsque la maîtresse met en doute son aveu.

L'école des loisirs propose des pistes pédagogiques sur son site. Le roman est conseillé à partir de 7 ans.

LECTURE : Éloge de l'arrogance de Philippe Vilain



Le deuxième volume lu de cette collection, « Éloge de » aux éditions du Rocher : Éloge de l'arrogance.

Son auteur, Philippe Vilain, est romancier et essayiste. Il a aussi rédigé une préface, « Le donjuanisme est un humanisme » pour Dom Juan publié chez Hatier 2009, et cette information n'est pas superflue lorsque l'on lit Éloge de l'arrogance et les passages consacrés justement au personnage de Don Juan.



Moins orienté vers un argumentaire et vers un véritable panégyrique de ce défaut, l'arrogance, ce livre essaie tout d'abord de définir le terme, tellement flou, tellement proche d'autres termes comme la suffisance, le sentiment de superiorité, la morgue ou l'orgueil...
Un constat aussi : on peut se faire accuser d'arrogance sans vouloir l'être soi-même. Et c'est l'objet d'un court récit, anecdote personnelle qui sert le discours.

Moins orienté vers un argumentaire donc, parce que le livre se présente davantage comme un catalogue de situations où l'on pourrait être face à une forme d'arrogance. Certaines situations évoquées prêtent d'ailleurs à sourire.
Comment lutter contre celui qui fait preuve d'arrogance ? Des conseils concluent l'ouvrage, avec d'autres conseils, à prendre au deuxième degré : comment faire preuve soi-même d'arrogance.

Un intérêt moindre à la lecture de ce volume - vert cette fois !- que pour Éloge du mensonge.

jeudi 15 mars 2012

LECTURE : Éloge du mensonge de Gérard de Cortanze

Première lecture d'un ouvrage de cette collection "Éloge de" aux éditions du Rocher avant celle d'Éloge de l'arroganceÉloge du mensonge, livre de Gérard de Cortanze, romancier et biographe aux très nombreuses publications, tant aux éditions du Rocher, qu'aux éditions Albin Michel ou encore Gallimard.

Écrire sur le mensonge, une gageure, explique l'auteur dès la page 11. Une réussite, est-il possible de conclure après ma lecture.



Le mensonge peut être utile, est moins pernicieux que la vérité crue, dite au mauvais moment. Il est le fait d'un homme habile : un bon menteur a de l'imagination, fait montre de qualités que ne possède pas l'homme qui n'a pour seule vertu que de s'en tenir au vrai. Le mensonge est artistique, pensons au trompe-l'œil, aux motifs baroques. Il est dissimulation ou simulation, et dans ce dernier cas création. Il fait partie de notre vie quotidienne, fait partie du langage avec l'euphémisme. Et que dire de la cérémonie funéraire, ce mensonge autour de la mort ? Le mensonge nous accompagne tout au long de notre vie. Enfant, le premier mensonge est le moyen de maîtriser le réel, d'en infléchir le cours, de ne pas peiner autrui aussi en inventant une vérité autre. 

Un défaut, le mensonge ? Plus tant à nos yeux après la lecture de cette argumentation virevoltante et de ces exemples si parlants.

lundi 12 mars 2012

LECTURE : Collection « Éloge de » de François Cérésa, éditions du Rocher


Collection de petits livres étroits et hauts dans une palette colorée, "Éloge de" comprend Éloge de la vulgarité de Claude Cabanes, Éloge du contraire de François Bott, Éloge du mauvais goût de Frédéric Roux, Éloge de la trahison de Jacques Aboucaya. Le 15 mars seront publiés deux nouveaux ouvrages : Éloge de l'arrogance de Philippe Vilain et Éloge du mensonge de Gérard de Cortanze que j'évoquerai dès leur lecture finie.

Un avant-goût me semble de mise, néanmoins, et voici l'introduction de chaque volume de la collection, rédigée par François Cérésa :


Tout vice a sa vertu.Notamment celle de susciter des commentaires. En fait, tout est dans tout. Le revers de la médaille, le défaut de la cuirasse, l'envers du décor : voilà ce qui compose – ou décompose – admirablement l'âme humaine. Ces défauts, cela va de soi, sont des péchés. Capitaux ou capiteux, ils contreviennent aussi bien aux lois religieuses et à l'éthique philosophique qu'aux volontés divines. Mais ils sont l'apanage de l'homme.
Cette collection ne se propose évidemment pas de plébisciter la vulgarité, l'imposture, le nihilisme, la trahison, la sauvagerie, la tricherie, la luxure, l'arrogance, la duplicité, le snobisme, la perversité, la lâcheté, l'infidélité, l'indiscrétion, l'indifférence ou tout autre travers que l'on trouve en si grande abondance dans le panier de la ménagère, lequel est aussi le cœur des hommes. Elle se propose tout simplement de savoir tirer le meilleur du pire ou, mathématiquement, le plus du moins. Sous le voile transparent de l'ironie, c'est chose faite. Avec « Éloge », une certaine morale y trouve son compte. On peut même dire qu'elle est bien servie. Et cela grâce à l'humour, au talent et au style d'écrivains qui, par l'alchimie du paradoxe, ont su dénicher la qualité d'un défaut, le défaut d'une qualité ou encore le défaut d'un défaut, ce dont nul ne pourra se plaindre.

dimanche 11 mars 2012

ÉCRITURE : publication prochaine de Le Candauliste

La nouvelle érotique Le Candauliste sortira sous formats numériques le 10 avril prochain dans la collection e-ros & ceteri des éditions Dominique Leroy. Elle sera disponible à cette adresse au prix de 1,29€ à compter de cette date et dans quelques autres librairies dématérialisées.